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La médecine du travail jusqu’à la Grande Guerre (1898-1918) : maladies professionnelles et nouvelles pratiques médicales

À l’aube du XXe siècle, la médecine du travail en France se trouve à un carrefour historique. Les débuts de la Première Guerre mondiale marquent une ère de changements profonds dans la reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles. Cette période, riche en développements législatifs et en innovations médicales, pose les fondations de la médecine du travail moderne.

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La fin du XIXème siècle voit la naissance de la législation sur les accidents du travail. La loi de 1898 est une étape cruciale, instaurant une indemnisation forfaitaire pour les accidents, bien que limitée à la perte de salaire. Cependant, cette législation est vue d’un œil critique par le mouvement ouvrier et laisse de côté les maladies professionnelles.

Les enquêtes de voisinage près des établissements insalubres commencent à jeter un éclairage sur les conditions de travail difficiles. Des populations vulnérables, comme les mineurs, les enfants et les femmes, bénéficient peu à peu de mesures de protection spécifiques.

L’Essor de l’hygiène industrielle et la reconnaissance des maladies professionnelles

Sous la houlette d’Alexandre Millerand, la Commission d’hygiène industrielle est créée en 1900, marquant un tournant dans l’approche de l’hygiène au travail. En parallèle, l’éducation en hygiène industrielle prend de l’ampleur, notamment avec la création d’un enseignement dédié au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Des événements marquants, comme les grèves des ouvriers des manufactures d’allumettes contre le phosphorisme en 1897, déclenchent des changements législatifs significatifs sur les maladies professionnelles. La lutte contre le blanc de céruse, contenant du plomb, mène à l’adoption d’une loi en 1909, malgré les retards dus à l’opposition du patronat.

La visite d’embauche et la physiologie du travail

Avec l’entrée en guerre, les usines d’armement deviennent des foyers d’attention médicale. Albert Thomas, ministre de l’armement, met en place un service médical dédié, s’occupant notamment de la santé des travailleurs coloniaux et des femmes. Une attention particulière est portée à la prévention des maladies professionnelles dans ces environnements à haut risque.

La visite d’embauche devient une pratique standard, visant à optimiser l’affectation de la main-d’œuvre tout en préservant la santé des travailleurs. La physiologie du travail émerge comme une discipline scientifique, cherchant à comprendre et à améliorer l’adaptation physiologique des travailleurs à leur environnement.

En conclusion :

La Première Guerre mondiale agit comme un catalyseur dans l’évolution de la médecine du travail. Elle favorise l’émergence d’un modèle de médecin professionnel, alliant intérêts de l’employeur et bien-être des employés. Cette période jette les bases d’une reconnaissance accrue des maladies professionnelles et ouvre la voie à la consolidation de la médecine du travail dans l’entre-deux-guerres.

En somme, cette ère charnière a posé les jalons essentiels pour la protection de la santé au travail, marquant un tournant décisif vers des pratiques plus sécuritaires et éthiques dans l’environnement professionnel.

Philippe Casanova

Médecin spécialiste en médecine du travail et médecine légale.