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Retour au travail après infarctus du myocarde : un chemin vers la réadaptation

L’infarctus du myocarde ou syndrome coronarien aigu est une urgence médicale majeure. Il ne marque pas seulement une pause dans la vie professionnelle, mais également le début d’un parcours délicat de rétablissement.

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Après l’urgence, la stabilisation en milieu hospitalier constitue la première étape. Pendant cette période, des interventions comme la chirurgie ou l’angioplastie peuvent être nécessaires. Une fois l’état du patient stabilisé, une kinésithérapie précoce est mise en place pour éviter les complications liées à l’immobilisation.

La seconde étape est la rééducation, essentielle pour récupérer les capacités physiques et réduire les facteurs de risque. Elle inclut une évaluation cardiovasculaire complète et une planification du retour à l’activité. Cette phase comprend également l’éducation sur les changements de style de vie indispensables pour minimiser le risque de récidive, tels que l’arrêt du tabac, une alimentation saine et la réduction de la sédentarité.

La dernière étape vise à pérenniser les acquis de la rééducation. Le maintien d’une activité physique régulière et l’adoption d’une nouvelle hygiène de vie sont cruciaux. Des activités telles que la marche, la natation ou le cyclisme, recommandées par le médecin, aident à stabiliser le poids et à maintenir une bonne condition physique.

Le rôle du médecin du travail

Une visite de préreprise est organisée pour évaluer la capacité de travail et envisager les ajustements nécessaires. Le médecin du travail, en s’appuyant sur les données de rééducation, propose des aménagements ou des réorientations professionnelles.

Une fraction d’éjection systolique du ventricule gauche (FESVG) supérieure à 50% montre généralement une capacité de travail résiduelle suffisante. Les résultats de l’épreuve d’effort permettent une bonne évaluation de la capacité maximale de travail. Le problème n’est pas le risque de récidive de l’infarctus mais l’insuffisance cardiaque séquellaire.

L’état psychosocial du travailleur est également pris en compte, car la santé mentale influence la convalescence et la capacité à reprendre le travail. Une dépression, si elle n’est pas traitée, peut augmenter le risque de récidive. L’accompagnement psychologique est donc un aspect fondamental de la réadaptation.

L’environnement social de l’entreprise impacte significativement le retour au travail. Si le travailleur se sent bien dans son poste, il y aura un effet bénéfique sur sa santé.

Les solutions techniques pratiques

Les postes exposant au monoxyde de carbone, à un risque d’hémorragie (EX : travail manuel entrainant des plaies) ou à un stress important sont déconseillés. Seuls les champs électromagnétiques très intenses peuvent poser problème.

Un temps partiel thérapeutique, qui peut être utilisé d’emblée ou dans un second temps, est très utile pour permettre la mise ne place de la rééducation fonctionnelle. L’essai encadré permet de valider que le poste est bien adapté à la capacité de travail.

Les services de prévention et de santé au travail peuvent participer à des actions de promotion de la santé, par l’incitation à la pratique sportive. Un minimum de 150 mn d’activités physiques et sportives par semaine, réparties en 3 séances permet de diminuer le risque de sédentarité. Une pratique en groupe, avec un encadrement formé à l’activité physique adaptée, favorise la motivation et la sécurité.

Une cardiofréquencemètrie peut être réalisée, en particulier pour les postes nécessitant un effort physique, afin de déterminer si le salarié est capable de réaliser ces travaux, en corrélation avec sa capacité maximale évaluée par l’épreuve d’effort.

En conclusion :

La reprise du travail après un infarctus est un processus complexe qui nécessite une coopération entre les patients, les professionnels de santé et les employeurs. Chaque partie doit œuvrer ensemble pour assurer une transition réussie du patient vers sa vie professionnelle, avec pour objectif ultime de préserver la santé et de prévenir toute récidive.

Philippe Casanova

Médecin spécialiste en médecine du travail et médecine légale.